mes vies

blog multidirectionnel : mes vies de mère, de prof, de musicienne, de lectrice, de promeneuse, de dilettante en tout et spécialiste en rien… Et même mes vies de cuisinière, couturière et tricoteuse !

 

Paul en hiver…

Winter Journal, c’est le dernier ouvrage paru de Paul Auster.

De Paul Auster, d’abord, j’ai tout lu ou presque. Dans mon adolescence il était un des auteurs dont j’attendais fiévreusement la sortie d’un nouveau livre. J’avais commencé par sa Trilogie New Yorkaise, comme tout le monde je crois… Mais Léviathan, La musique du Hasard, et ses œuvres “autobiographiques”, dans lesquelles il évoque son histoire, et en particulier son rapport à la littérature : L’invention de la Solitude, L’Art de la Faim, et surtout (surtout !!) le Carnet Rouge, très bref volume qui est l’un des livres qui m’ont le plus marqué à cette période là (l’époque du lycée).

Et même si j’ai pendant quelques années totalement cessé de m’intéresser à ses livres; même si je n’ai pas lu les deux derniers, et pas trop aimé les deux ou trois parus après les années 2000, Paul Auster reste un de mes écrivains préférés.

Et ce Winter Journal me donne très envie de m’offrir une petite “cure” de rattrapage, et de lire Sunset Park et Invisible.

Cet ouvrage est une sorte d’autobiographie d’Auster, au moment où, ainsi qu’il l’écrit à la dernière ligne de l’ouvrage, il entre dans “l’hiver de sa vie”. Mais même s’il y livre toutes sortes de détails sur son existence, donnant les adresses de toutes les maisons où il a vécu, essayant de faire la somme de tous les endroits où il est allé, de tous les voyages qu’il a effectué, ce Journal tourne en fait essentiellement autour de la mort.

La mort de ses proches, d’abord : celle de son père, celle de sa mère; celle d’un camarade foudroyé dans sa quatorzième année… Mais essentiellement la sienne. Celle qu’il a frôlé à quelques reprises, comme probablement chacun d’entre nous, à l’occasion d’un accident de voiture, d’une chute, d’un accident domestique aussi “bête” que le fait de se coincer une arête de poisson dans la gorge… Celle qu’il a cru rencontrer, lors de graves crises de paniques, ou lorsque des douleurs gastriques violentes lui ont fait croire qu’il était en train de faire une crise cardiaque.

La mort,  “présence” en toute vie, comme certains lieux, certains évènements nous le rappellent : lorsqu’il visite le lieu sur lequel s’étendait le camp de Bergen-Belsen, ou, comme il en fait l’expérience plusieurs fois par semaine, lorsqu’il passe le pont de Brooklyn et que le souvenir des Twin Towers persiste dans le paysage : “[…] the dead are still here, and the Towers are there as well- pulsating in memory, still present as an empty hole in the sky”.

Et bien qu’étant assez loin encore de l’hiver de ma vie, j’ai été vraiment touchée par ce livre; probablement parce que Paul Auster est dans ma vie depuis longtemps; que jusqu’à peu, encore, je pensais à lui comme à ce séduisant quadra qui avait sa photo dans Elle. Mais il a maintenant 64 ans, et je suis pour ma part bien loin de la lycéenne qui dévorait ses livres…

[je précise que c’est le premier Auster que je lis en anglais; il est tout à fait de mon “niveau de lecture” en anglais, 230 p., un vocabulaire accessible… Mais on profite vraiment beaucoup mieux de la langue d’Auster, de son rythme, en le lisant en anglais… Et puis, aussi, l’édition français chez Actes sud coût les yeux de la tête, quand on voit que pour 10 euros à peine j’ai pu commander la version anglaise chez Faber & Faber, reliée !]
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Categorie : livres
Par mes vies
Le 14 avril 2013
A 16:40
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Loulou

Nous, on a “le choix du roi”. Entendez : on a deux enfants, un garçon et une fille. Bon, j’ai souvent été assez confuse devant cette expression (que j’ai entendue jusqu’à plus soif) : en effet, s’il est bien un domaine où le roi ne choisit pas plus que le dernier de ses sujet, c’est bien celui-là.
Enfin bref.

Donc, je croyais qu’on en avait fini avec les “choix du roi”, mais non, des personnes (de la génération au-dessus de la mienne, j’ai espoir qu’avec le temps on finisse par l’oublier) m’ont redit le week-end dernier : “Alors, vous envisagez pas un petit troisième ?” et comme là tout de suite, j’envisage pas de petit troisième, “Mais bon, c’est vrai, vous avez le choix du roi”.

Sachez, enfant de n’importe quel sexe, né après un garçon et une fille (ou une fille et un garçon, ça marche aussi même si c’est moins bien), que vous êtes un accident. Car il est bien entendu que quand on a “les deux”, on s’arrête là. Et c’est tout.

(”les deux” étant aussi un euphémisme utilisé pour “le choix du roi”. J’ai même entendu à la naissance d’Éléa : “Ah ben ça y est, maintenant tu as “le couple”. J’avoue avoir tiqué, quand même, et n’avoir pas pu m’empêcher de répondre que les humains, contrairement à un élevage de lapin, ne se reproduisait généralement pas entre frères et sœurs, et que donc on ne pouvait pas qualifier mes enfants de “couples”. “Paire”, à la rigueur…)

Inversement, il semblerait que si vous êtes du même sexe que votre aîné(e) vous ne soyez rien d’autre qu’un échec. Une tentative ratée de faire “le couple”, “les deux”, “le choix du roi”.

Bien sûr, les parents qui ont deux enfants du même sexe, eux, sont parfaitement fondés à mettre au monde un troisième enfant, histoire de réussir à avoir enfin “les deux”.

Bref, tout ça pour dire que dans l’esprit de certaines personnes, la SEULE et unique raison qui vous pousse à faire ou à ne pas faire un autre enfant quand vous en avez déjà, c’est cette histoire de sexe. (sexe de l’enfant, on est d’accord).

Il semblerait que toute autre considération sur l’équilibre familiale, votre envie personnelle, vos préoccupations matérielles soient totalement secondaires…

Et donc, comme nous on a “les deux”, on ne peut plus avoir d’enfant sans se “répéter”. On a donc finalement choisit d’innover, et d’accueillir dans notre famille de l’inédit : un chiot.

Comme c’est l’année des i, on a décidé de l’appeler Loulou (moi je préfère l’écrire Lulu, avec prononciation à l’allemande, mais c’est par snobisme uniquement).

Ikéa ou Ictère étaient mes premiers choix, mais déjà à 2 c’est pas facile de se mettre d’accord sur un prénom pour un enfant, alors à 4 ça a été dur. Genre les débats à l’assemblée pour le mariage pour tous, c’était de la gnognotte à côté. Et j’ai entendu des arguments qui m’ont fait mal, croyez-moi.

Après 800 bornes en voiture pour la remonter de son Ariège natale, et presque 48 heures parmi nous, j’ai déjà compris le sens de l’expression “suivre comme un petit chien”. Loulou, qui est âgée de deux mois, est grosse environ comme une crotte de saint-bernard. Quand je lui marche dessus, malgré ma sveltesse et mon agilité légendaires, ça ne doit pas lui faire du bien. Mais elle n’a toujours pas compris que s’écarter de mes pieds d’environ 20-30 cm lui permettrait de s’éviter ces désagréments… Donc : soit elle dort (SUR mes pieds, de préférences… enfin je vous rassure, pas la nuit !), soit elle me suit (même si le verbe suivre est impropre dans ce cas là. Elle ne me suit pas, elle ne me précède pas. Elle marche entre mes deux pieds…)

Categorie : scène de la vie de famille
Par mes vies
Le 11 mars 2013
A 11:31
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Anne Sylvestre

Anne Sylvestre et moi, c’est une histoire récente. Je pourrais dire que je l’écoutais déjà petite, mais ce serait mentir. Les “fabulettes”, y’avait pas ça chez moi. Ma copine de maternelle en possédait un album, et j’ai dû l’écouter une fois ou l’autre chez elle, je me souviens de ces pochettes, blanches et roses.

Moi, j’écoutais plutôt les “livres-disques”, des histoires racontées, et il fallait tourner la page quand on entendait la petite clochette, “diling-diling”. Et côté musique, à part peut-être les “vieilles chansons françaises” chantées par “Dorothée et ses amis”, parmi lesquelles, souvenir impérissable, “Jean-François de Nantes”, qui me parlait d’un gars de chez moué, Jean-Fran-çoé… , j’écoutais les disques de mes parents, Tri-Yann, Brassens, Ferré, Yves Duteil et les danses hongroises de Brahms. (après ça, vous ne vous étonnerez plus de rien.)

Anne Sylvestre et les Fabulettes sont entrés chez moi à la naissance de Malo : on aimait bien la maison pleine de fenêtres et les mots magiques, mais bon, ça s’arrêtait là.

Bien sûr, j’entendais régulièrement sur France Inter (ai-je déjà mentionné que j’étais une auditrice de France Inter ? Oui, environ 497 fois ? ha, bon) des gens très bien qui disaient avoir beaucoup écouté Anne Sylvestre, mais pas ses chansons pour enfants, non, ses “chansons féministes”. Bon. Je me disais que ça devait faire bien, chez les bobos les auditeurs de France Inter, d’écouter Anne Sylvestre.

Mais moi, j’écoutais pas. Je ne connaissais pas.

Et puis trois chanteurs que j’aime énormément, à savoir Vincent Delerm, Albin de la Simone et Jeanne Cherhal, ont repris ensemble une chanson d’Anne Sylvestre sur l’album de reprise et de duos (et donc de trio, aussi) de Delerm.
“Les gens qui doutent”.

L’accompagnement était tout simple, juste quelques accords au piano.

Et la chanson disait des choses qui m’allaient droit au cœur, et même plus loin, des choses simples et douces et dures qui me donnaient à la fois les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres…

Elle disait, entre autre, “J’aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer; J’aime les gens qui passent, moitié dans leurs godasses et moitié à côté. J’aime leur petite chanson, même s’ils passent pour des cons…

J’aime les gens qui doutent
Et voudraient qu’on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu’on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps

Qu’on leur dise que l’âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu’on les remercie
Qu’on leur dise, on leur crie
“Merci d’avoir vécu

Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu’elles ont pu”.

Alors j’ai commencé à écouter cette “petite chanson“, dix fois par jour. D’abord par les trois interprètes de la jeune génération, puis, par curiosité, je suis allée voir du côté de celle qui l’avait créée. Et comme l’internet est quand même un outil formidable, j’ai pu découvrir, de clic en clic, des dizaines d’autres chansons. Toutes aussi belles, toutes avec ce même regard, tendre et goguenard à la fois, sur elle-même et sur toutes les femmes…

Je n’ai pas compris pourquoi on pouvait dire qu’elle était une chanteuse “féministe”. C’est une chanteuse qui chante “Frauenliebe und leben”, “la vie et l’amour d’une femme”, comme Schumann en son temps. Mais mieux que Schumann, parce qu’elle, elle sait de quoi elle parle.

Elle chante le corps, sa “carcasse“; comme toute femme, elle la trouve toujours un peu “trop”, mais nous fait rire au dépend des “minces” dans sa “plate prière“. Elle chante la sexualité, et tous ses aspects : tour à tour “femme du vent“, mère contre sa volonté dans “Rose“, femme violée à travers la métaphore de la “Douce Maison“; elle parle d’avortement dans “non, tu n’as pas de nom“; d’amitié et du “mal de vivre” dans “Thérèse” (et cette intro au cor anglais qui me fout la chair de poule avec sa sixte mineure ascendante…) ou d’amitié et de légèreté dans “famille pour famille“… Passe d’un sujet léger à un sujet grave, chante la condition féminine dans la “Faute à Ève” ou dans la “vaisselle” : “qui c’est qui fait la vaisselle, faut pas qu’ça se perde, qui c’est qui doit rester belle, les mains dans la merde ?”

Une femme qui parle de la vie des femmes, à la fois représentative de son époque, où la parole et le corps des femmes ont commencé à avoir le droit d’exister; et intemporelle, car elle me parle aussi bien aujourd’hui, dans une société où soi-disant je suis “libérée”…

Une mère, une amie, une alter-ego, une femme aux textes simples, aux mélodies légères, à la voix chaude et expressive…

Voilà, moi aussi j’appartiens au clan de ceux qui disent “Moi j’aime Anne Sylvestre, mais pas pour ses chansons pour enfants, plutôt pour ses chansons pour les adultes”. Je ne dis pas “féministes”. Je ne sais pas trop ce que c’est, le féminisme. Et les chansons d’Anne, elles vont bien au-delà d’une idéologie ou d’un combat politique. Elles sont “des” femmes, comme d’autres sont d’une région ou d’un pays. C’est d’ailleurs peut-être pour ça qu’Anne Sylvestre n’a pas connu un très grand succès médiatique, qu’elle ne bénéficie pas d’une reconnaissance unanime, comme Barabara par exemple : une femme qui chante des chansons qui parlent des femmes et des enfants, c’est forcément “mineur”, non ?

Categorie : musique, la chanson du jour
Par mes vies
Le 6 février 2013
A 20:28
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Gévaudan

Malo me demande ce que j’ai regardé, hier soir, à la télé. (La réponse est : Dexter). J’explique que c’est une série pas du tout pour les enfants. “oui, je m’en doute, j’ai entendu des cris”. Je m’inquiète de savoir si ça lui a fait peur. “Non; je sais bien que c’est dans la télé, pas dans la maison. Ça me fait pas peur, c’est pas en vrai, je le sais bien. Non. Non, parfois, la nuit, je peux avoir peur si je pense à la bête du Gévaudan, par exemple.”

Ha ben oui. C’est vrai. C’est vachement plus rationnel d’avoir peur de la bête du Gévaudan que d’avoir peur des cris dans un dvd… Logique.

[à bientôt neuf ans, on est un grand à bien des égards… Mais parfois on est encore si petit que c’en est émouvant…]

Categorie : scène de la vie de famille
Par mes vies
Le 15 janvier 2013
A 12:06
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Joyeux Noël

Categorie : Non classé
Par mes vies
Le 25 décembre 2012
A 15:02
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Deck the halls…

Une image vue sur un blog il y a très longtemps (et impossible à retrouver depuis), un carton de céréales qui traînait dans la poubelle à recyclage, et juste une heure de libre dans la matinée…

J’ai retrouvé mon exacto, un vieux tube de peinture acrylique pas encore sèche, et je me suis lancée sans modèle ni dessin préalable (sans tracer quoi que ce soit à la règle, non plus. On est pas dans Marie-Claire Idées, ici.)

J’aime bien…
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Categorie : scène de la vie de famille
Par mes vies
Le 4 décembre 2012
A 19:03
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mary higgins clark fait le moyen-age

Je ne sais pas vraiment d’où vient ce livre. Je sais qu’il m’a été prêté par ma mère, il y a de cela au moins un an. Le livre porte une petite étiquette rouge, qui pourrait indiquer qu’il provient du secours populaire ou de quelqu’autre pourvoyeur de livres d’occasion… Et je suppose (je ne peux que supposer, l’intéressée étant en vacances au soleil en ce moment même) que ce qui a poussé ma mère à l’acheter est le fait, comme l’annonce la quatrième de couverture dès la première ligne, qu’une partie de l’intrigue se situe à Nantes en 1440.

J’ai commencé à le lire en toute innocence, persuadée de me distraire avec un honnête polar médiéval à la Andrea Japp ou frère Cadfael.

Distrayant, ça, pour sûr, il l’est, ce roman !! J’ai failli m’étouffer de rire au moins une fois par page…

En fait le roman raconte en parallèle deux intrigues, à base de serials killers s’attaquant à des petits garçons. L’un de ceux-là est donc Gilles de Rais, et l’enquête est menée par une religieuse qui fut sa nourrice avant d’entrer dans les ordres à la suite de son veuvage; l’autre est un “simple” tueur en série contemporain, et c’est une autre femme, inspecteur à Los Angeles qui mène l’enquête.
Les deux histoires présentent des similitudes, mais n’ont aucun lien véritable (on ne parle pas de réincarnation ou autre…) Ce sont juste deux histoires racontées en alternance, un chapitre en 1440, un en 2002.

Je commence par la partie contemporaine, car à la réflexion elle mérite elle aussi qu’on en parle. Des enquêtes à Los Angeles, depuis un an ou deux, j’en ai lu une quinzaine (celles d’Harry Bosch). Et pour tout dire je commençais un peu à me lasser de Bosch, mais par comparaison, je me rends compte à quel point M. Connelly est un excellent auteur. Bosch est un personnage tout en nuances, et dans chacune de ses enquêtes on peut voir la lutte que se livrent les pontes de la police, la mairie, les services du procureurs, la presse; et les policiers, eux, sont pris dans tout ça, ne devant froisser personne et pourtant résoudre des crimes, avec toujours la crainte que l’opinion ou leurs patrons leur tombent dessus…

Dunbar, l’inspectrice d’Ann Benson, elle, a de la chance. Elle vit dans un monde parfaitement manichéen. Il y a les honnêtes citoyens d’un côté, protégés par la police, et, de l’autre, les salauds. Elle le dit plusieurs fois dans le roman, défendant ardemment la peine de mort, évoquant un juge qui, ayant été avocat, “en a eu assez de défendre des salauds et à choisi de passer du bon côté” (TEXTO !!), bref, pas de réflexions politiques ni philosophiques sur le bien et le mal, non, la peine de mort pour les tueurs d’enfants et c’est tout !!

Connelly, également, nous fait visiter Los Angeles en détail dans chacun de ses livres, décrivant les quartiers, les bas-fonds comme les résidences des stars, l’atmosphère propre à chaque endroit…
Benson, elle, n’a jamais mis les pieds à Los Angeles et même moi je parviens à m’en rendre compte. Il ne suffit pas de citer deux ou trois lieux publics pour situer l’intrigue de son roman à LA.

Je passe également sur la pauvreté de l’enquête en elle-même, où tout semble désigner le meurtrier, dès le départ, parmi le monde entier… L’enquêtrice “devine” que c’est lui, et BINGO, c’est lui !! Pratique, non ?

Mais bien sûr, les chapitres qui m’ont fait rire, eux, sont ceux qui se déroulent à Nantes au XVème siècle, et qui concernent l’enquête sur des disparitions d’enfants, puis le procès et l’exécution de Gilles de Rais (ou de Retz, comme on veut).

Enquête menée par son ancienne nourrice devenue religieuse après la mort de son mari.

Et là, on se dit qu’Ann Benson, elle a peut-être pensé qu’il suffisait d’avoir vu Sean Connery jouer Guillaume de Baskerville pour pouvoir écrire un polar médiéval, mais en fait, n’est pas Umberto Eco qui veut.

Moi même je suis très très loin d’être une médiéviste émérite. Mais enfin il y a des limites. Et surtout, j’ai une vague idée de ce à quoi ressemble la religion catholique. Ann Benson aussi, mais alors, vraiment très, très, très vague, l’idée.

Pour vous la faire brève : la religieuse (qui est carrément une mère supérieure) passe toutes ses journées avec l’évèque. Ils sont très proches. Très très proches. (si proches qu’à plusieurs moment j’ai redouté le pire pour le salut de leurs âmes à tous les deux. Mais bon, ouf, à part quelques effleurement du bout des doigts et quelques remisages de mèches rebelles sous le voile, ça reste chaste).

Donc on imagine bien un évèque du XVème siècle avoir pour quasi seule compagnie toute la journée la mère supérieure d’on ne sait pas trop quel couvent. Et c’est là que ça devient flou, car le couvent est parfois nommé “abbaye”, et que des appartements/bureaux de l’évèque à la “chambre” de la mère supérieure (pas se cellule, non, sa chambre) il n’y a que quelques pas puisque l’évèque l’envoie chercher toutes les deux minutes.

Et la mère supérieure est rarement dans sa “chambre” (ce qui parait logique), non, elle est plutôt tout le temps fourré au verger avec Frère Demien.

Et oui : au XVème siècle c’était mixte, donc, les couvents/abbayes. Des religieuses, des moines, et l’évêque au beau milieu.
Bon, j’ai pas relu la règle de Saint Benoît depuis quelques temps, mais il me semblait…

Et bien sûr, à tailler les pommiers avec frère Demien et tailler des bavettes avec l’évêque, la pauvre mère supérieure, elle a rarement le temps d’aller à la messe. D’ailleurs, dans les 700 et quelques pages du bouquin, il n’est fait mention que d’un seul office : la messe de Pâques. Alors bon, oui, ellipses, tout ça, je comprends bien qu’on va pas décrire par le menu les 8 offices quotidiens d’une moniale, c’est pas le propos du livre. Mais bon, de temps en temps, mentionner “en passant” qu’elle arrive de complies ou de tierce, au lieu de la voir en train de tenir l’échelle au frère Demien ou de broder avec des fils de soie, rendrait peut-être l’arrière-plan un tout petit peu plus crédible.

Mais bon, en même temps, quand on regarde la messe de Pâques décrite, elle, par le menu, on se dit qu’en fait c’est pas plus mal que l’auteur parle surtout de la cueillette des pommes : d’abord, elle évoque les chanteurs. Un chanteur, surtout, dont on nous dit qu’il chante merveilleusement bien et qu’il a “gardé la voix de ses 12 ans”. La mère supérieur, en l’écoutant, se demande d’ailleurs si il ne serait pas un “castrat”.

La pauvre Ann Benson a de curieux fantasmes, ça c’est sûr, on s’en effraie un peu quand on lit le bouquin. Mais bon, de là à mettre un castrat dans une paroisse nantaise au XVème siècle… Bref, pas de castrats en France, et en tout cas, pas de castrats avant le XVIème siècle, et la grande “mode” c’est quand même plutôt 17/18ème siècle.

Et ce pseudo “castrat”, que chante-t-il à la messe de Pâques ?

“Kyrie eleison”, oui, bon, d’accord… puis “O domine Jesu Rex Gloriae…”, “Hostias, te preces tibi domine…”, “Libera me domine de morte eternal”…

 

Le Requiem, donc.

 

À la messe de Pâques.

 

Tout cela est parfaitement normal…

(la pauvre Ann Benson manque UN POIL de documentation sur ce qui se passe lors d’une messe catholique. En gros, elle a écouté le requiem de Mozart et trouvé ça très beau, du coup elle s’en est servie pour les descriptions de sa messe de Pâques… hem…)

 

Je passe sur le fait que son pote le jardinier frère Demien est assis près d’elle, puisqu’elle lui glisse sans arrêt des trucs à l’oreille (elle est pas très concentrée, pendant la messe !) : donc pareil, Ann Benson a pas trop intégré qu’en Europe au Moyen-âge les hommes et les femmes ne sont pas tellement censés être assis sur le même banc de messe. Et d’ailleurs, qu’on ne voit pas trop ce qu’une mère supérieure fait à la messe célébrée en paroisse par l’évêque.

En paroisse, oui, parce que Gilles de Rais est présent (et plein de gueux aussi). Il va même d’ailleurs s’avancer dans l’allée centrale, suivi par tous ses éxécuteurs des basses œuvres, et par tous les gueux, pour… ben, communier, pensez-vous ? ET NON !!! En 1440 à la messe, après avoir écouté le requiem, tous ensemble, on va se confesser !! L’auteur décrit le visage du seigneur de Rais pendant l’absolution et pendant la (courte) pénitence, et la narratrice (la mère supérieure) “craint” que certains des fidèles qui sont passés avant Gilles de Rais n’aient “haté” leur confession pour ne pas trop faire attendre le seigneur, et qu’ils ne reçoivent donc, de ce fait, qu’une absolution “imparfaite”…
Je pense qu’assister ne serait-ce qu’une seule fois à une messe catholique, quand on écrit sur une religieuse de cette même religion, n’est pas du luxe. Et ce faisant, l’auteur aurait réalisé que ce que vont faire les fidèles quand ils s’avancent au milieu, ce n’est pas se confesser…

 

Bien, j’ai donc dû perdre définitivement tout mon lectorat et je vais essayer de conclure plus vite, mais il reste encore beaucoup à dire ! En fait j’ai annoté au crayon toutes les horreurs trouvées dans le livre, et il y a un coup de crayon par page ou presque. La méconnaissance de l’organisation du clergé au XVème siècle de l’auteur est totale et absolue : le frère Demien est désigné tantôt comme “le frère Demien” et tantôt (pour éviter les répétitions, j’imagine ?) comme “le jeune prêtre”. La distinction moine/prêtre catholique n’est semble-t-il pas arrivée jusqu’au Connecticut où, nous apprend l’éditeur, Mme Benson réside.

Et le fils de la mère supérieure (son fils biologique : elle a été nourrice avant d’être religieuse) qui est auprès du pape en Avignon, lui aussi nous est d’abord présenté comme un prêtre (ce qui peut sembler logique) puis on le désigne comme le “frère Jean” et on évoque sa tonsure !!

 

L’autre “volet” sur lequel je m’en suis donnée à cœur joie du bout de mon crayon, c’est la topographie et la toponymie. Je suis nantaise, donc tous les lieux qu’elle évoque me sont familiers. À moi, mais pas à elle, visiblement… Par exemple, elle parle d’une femme venue de “Roche-Bernard”. (en fait c’est LA Roche-Bernard…); et le plus magnifique se trouve à la toute fin : Google maps est un bel outil, encore faut-il savoir ce qu’on y cherche. Ann Benson nous indique que le corps de Gilles de Rais reçoit une sépulture à “Notre-Dame-Du-Carmel”, “à l’autre bout de Nantes”. (par rapport au Bouffay où elle situe son exécution). Or, “notre-dame-du-Carmel”, le carmel de Nantes, existe depuis les années 90. 1990. Je me souviens parfaitement de sa construction, sur le bout de l’île de Beaulieu. En fait, les restes de Barbe-Bleue furent enterrés aux Carmes, un monastère situé tout près du Bouffay, mais qu’on ne risque plus de trouver sur Google Maps car il a été détruit (à la Révolution il me semble mais il faudrait vérifier, ce que je ferais évidemment si j’écrivais un bouquin le mentionnant !!!). Il ne reste plus que la rue des Carmes, bien connue de tous les nantais…

 

On relève beaucoup, beaucoup d’autres anachronismes assez énormes : on parle sans cesse de chaussures, tout le monde porte “des chaussures”, la religieuse a envie d’ôter “ses chaussures de cuir”, on promet à l’enfant pauvre “une paire de chaussures neuves pour remplacer les [siennes]”, le grand-père de Gilles de Rais lui donne des coups de pieds avec ses “bottes pointues”, etc… Idem, je suis pas spécialiste du costume au XVème siècle, mais si Anne, duchesse de Bretagne, était surnommée la “Duchesse en sabots”, on peut éventuellement supposer que ni une religieuse ni un enfant pauvre ne devaient disposer de “chaussures”. Quand aux bottes “pointues”… des santiags, sans doute ???

Et outre les chaussures, on trouve partout des “livres”. Dix ans avant l’invention de l’imprimerie, des “livres”. Gilles de Rais vient à la messe avec une bible reliée en cuir doré (Benson ne sait pas que les catholiques n’ont pas de bibles pour aller à la messe, mais des missels. Elle ne connait aucune des différence entre sa religion et celle dont elle parle…); enfant, il faut lui arracher des mains ses livres, en particulier son favori, “les douze césars”. Et il possède aussi des “livres d’anatomie”.

Alors déjà, que Gilles de Rais ait possédé tous ces textes, je n’en sais rien. Mais en tout cas, le terme de “livre” me semble un peu abusif. “Manuscrit”, “texte”, mais livre…

Et puis le vocabulaire est parfois légèrement… contestable. Comme quand l’évêque “pianote” sur sa table. Tambouriner, je veux bien, mais je vois mal comment on pouvait “pianoter” en 1440…

 

La traductrice, de toute évidence, n’aide pas. J’ai entouré des répétitions à chaque page ou presque, des contresens (grâce auxquels je parviens à retrouver la formulation originale…), des erreurs manifestes de traduction, comme par exemple le verbe “to assume” traduit en français par “assumer” au lieu de “présumer”…

Mais le plus beau, lecteur courageux et opiniâtre, je te l’ai gardé pour la fin : on apprend à un moment donné, que le petit Gilles de Rais entraîne un de ses camarades dans les bois (pour faire des vilaines choses mais ça à la limite on s’en fout). Et que propose-t-il à son copain pour le convaincre de le suivre dans la forêt ? il lui propose de s’armer de couteaux et de frondes pour aller chasser une DINDE. Une dinde. À Champtocé (sur les bords de Loire, dans l’actuel département du Maine et Loire). En 1440.

j’ai pas autant rit depuis bien longtemps.

 

Et je me suis demandé COMMENT on pouvait laisser passer de telles énormités ?? Comment l’éditeur, le traducteur, ceux qui sont censés relire un livre pour ne pas laisser traîner de coquilles, peuvent laisser passer une chasse à la dinde ?? Rue du Cherche-midi à Paris, ils imaginent sérieusement des dindes sauvages dans les forêts des bords de Loire ???


Bref, j’ai lu un nombre incalculable de livres “bof”. Livres vains, qui ne laissent aucun souvenir une fois leur couverture refermée, qui ne présentent aucun intérêt. Des livres dont je ne parle pas ici, parce que j’ai seulement envie de partager ce qui me fait plaisir, ce qui me fait du bien, et pas ce qui m’ennuie, me déplaît ou m’indiffère. Mais des livres franchement, résolument, absolument mauvais comme celui-là, je n’ai pas souvenir d’en avoir déjà rencontré !

 

Merci madame Benson, vous m’avez bien fait rigoler…

Categorie : livres
Par mes vies
Le 10 novembre 2012
A 10:27
Commentaires : 3
 
 

cocooning

Une semaine de vacances, GérardKlein en vadrouille, un temps très très très automnal (c’est pas la tempête Sandy, mais il a bien flotté et venté quand même, entre deux éclaircies). Je fais un rapide inventaire de ce qu’on trouve dans mon lit :

- “les trois brigands”, album de Tomi Ungerer

- un tricot terminé, qui attend que je daigne rentrer les fils (c’est pour offrir à Noël, me connaissant, je rentrerai les fils le 23 décembre au mieux)

- un tricot en cours (soient : une pelote de laine, une aiguille circulaire, une aiguille à torsades et une page de carnet couverte de signes kabbalistiques que j’interprète un peu comme ça m’arrange)

- “Vous êtes tous mes préférés”, un album avec des oursons très mignons

- un paquet de cartes pokemon

- “le roman de Marina”, la biographie de Marina Tsétaéva, ouvert

- un marque-page (je l’ai pas retrouvé quand j’ai arrêté ma lecture, le marque-page a la propriété de surgir de nulle part seulement après que vous ayez corné votre page (enfin moi je le fais jamais, je ne corne que les pages où se trouvent des phrases ou des passages que je veux retrouver), inséré n’importe quoi d’à-peu-près plat (du ticket de bus à l’élastique à cheveux, en passant par le brin de laine ou d’herbe, selon la saison) entre les pages ou (l’option que je choisis la plupart du temps) laissé votre livre ouvert à plat. De même, exactement, que l’aiguille à torsade se planque dans les plis de la couette à CHAQUE fois que vous arrivez au rang de la fichue torsade, pour ensuite venir se planter dans le gras de votre fesse juste après que vous ayez, au choix, utilisé une épingle à cheveu, un mini crayon de bois, ou une baguette chinoise,  - oui, tous ces objets se trouvent sur ma table de nuit -voire rien du tout (méthode un peu risquée consistant à retirer l’aiguille en laissant les mailles exposées, juste le temps de les reprendre de l’autre côté. Je ne recommande pas, bien sûr, si vous voulez tester c’est à vos risques et périls, ne venez pas pleurer après).

- une tasse vide (pas directement DANS le lit, mais sur le montant en bois)

- “Moumine le troll“, roman suédois de Tove Jansson, que j’adorais enfant et que je lis à Malo le soir (il écoute pour me faire plaisir mais il préfère les Beyblade qu’il lit tout seul…)

- et bien sûr mon ordinateur.

- oui, quelques miettes aussi, c’est pas impossible (pourtant je fais attention. Enfin j’essaie)

Allez,je vais aller courir. Demain.

Categorie : scène de la vie de famille
Par mes vies
Le 5 novembre 2012
A 15:09
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Marina, Marina…

Marina Tsvétaïéva, née en Russie à la toute fin du XIXè siècle, exilée en France après la Révolution de 17, revenue en Union Soviétique à la veille de la seconde guerre mondiale, persécutée par le régime stalinien qui la pousse au suicide, puis réhabilitée par le pouvoir dans les années 50, est l’un des plus grands poètes russes du XXème siècle. Pourtant je n’avais jamais entendu son nom (ou alors je n’y avais jamais prêté la moindre attention ?), jusqu’à l’année dernière. La même semaine (c’est toujours comme ça), je buttai contre elle dans le Limonov de Carrère, dans la discographie de Dominique A que je ré-écoutais à l’occasion de la sortie de son nouvel album (et donc, cette chanson, “Marina”, était dans ma discothèque depuis des lustres, sans que je sache de qui elle parlait…), et pour finir, dans les rayons d’une librairie nantaise qui m’est chère, où je trouvai Mon Pouchkine, essai parut en 1937 (peu de temps avant la mort de Tsétaïéva), traduit en français en 1988, épuisé depuis, et re-publié en 2012 donc dans la collection Babel d’Actes Sud.

La vie romanesque, le destin de cette femme, imbriqué dans l’Histoire de l’Europe du XXème siècle, sa vie amoureuse aussi, ses liens avec Pasternak, Rilke (excusez du peu) m’attiraient davantage, au départ, que son œuvre elle-même (parce que je lis peu -très peu- de poésie, et qu’en général je ne lis pas de poésie traduite, craignant trop de lire une œuvre dénaturée, trop éloignée de l’originale). Mais Mon Pouchkine, justement, c’était de la prose, et en plus un exercice d’admiration littéraire, genre que j’adore, depuis La Diététique de lord Byron, parce qu’un écrivain qui parle de l’œuvre d’un autre révèle surtout beaucoup sur lui.

C’est exactement ça que j’ai trouvé dans Mon Pouchkine : d’abord, une découverte émerveillée du style de Marina Tsétaïéva, une langue haletante, urgente; ensuite, bien d’avantage qu’une biographie de Pouchkine ou qu’une analyse de ses poèmes, une plongée dans l’enfance moscovite de la petite Marina, qui habite à quelques pas de la “statue-Pouchkine”, qui, dès 4 ans, lis ses poèmes dans l’anthologie de sa sœur aînée; à 5 ans, fait le “petit singe savant” pour les amies de sa nourrice en récitant “les bohémiens”; et à 6 ans, découvre l’amour en assistant à sa première représentation d’Eugène Onéguine.

Et voici le passage en question, un peu long, mais je tiens à le retranscrire ici car il m’a fait pleurer, tant la langue est belle et les émotions me parlent :

“Quelle honte ! Même pas dit merci pour la mandarine ! Amoureuse d’Onéguine, comme une imbécile, et à six ans !…”

Pas d’Onéguine, maman, mais d’Onéguine et Tatiana (et plus de Tatiana, peut-être), des deux ensemble - de l’amour. Jamais, plus tard, je n’ai écrit un de mes textes sans être amoureuse des deux ensemble (d’elle -un peu plus), et pas des deux, mais de leur amour. De l’amour.

Ce banc où ils ne se sont pas assis se révéla déterminant. Ni à l’époque ni plus tard -jamais je n’ai aimé quand on s’embrasse - toujours quand on se quitte. Jamais quand on s’assied -toujours quand on va son chemin. Ma première scène d’amour fut toute non-amour : il n’aimait pas (je comprenais) -il ne s’est pas assis; c’est elle qui aime,et qui se lève donc. Pas un instant il n’ont été ensemble, ils ont fait le contraire : il parlait, elle ne disait mot; il n’aimait pas, elle aimait; il est parti, elle est restée - soulevez le rideau : elle reste là, elle s’est assise, peut-être, parce qu’elle n’était debout que pour lui - elle s’est donc effondrée, elle restera assise - à tout jamais. À tout jamais, elle est assise sur ce banc. 

Ma première scène d’amour détermina toutes les autres, cette passion de l’amour malheureux, impossible -à sens unique. Dès cet instant j’ai refusé toute idée de bonheur et je me suis vouée - au non-amour.

[…]

Pas que cela - Eugène Onéguine détermina bien autre chose. Si pendant toute ma vie, juqu’à aujourd’hui même, j’ai toujours écrit -la première, toujours - tendu la main - au diable tous les juges - la première, c’est qu’à l’aube de mes jours, Tatiana, dans son livre, à la lumière de la chandelle, la natte détressée sur la poitrine, l’avait, sous mes yeux - fait.
Plus tard, quand ils partaient (ils sont toujours partis), je n’ai jamais tendu les mains, je ne me suis jamais retournée : c’est que dans le jardin, alors, Tatiana était restée figée. Statue.
Leçon de courage. Leçon de fierté. Leçon de destin. - Leçon de solitude.

Je commence dans la foulée une biographie de Marina Tsétaïéva, trouvée “par hasard” chez le bouquiniste, et j’ai déjà ajouté à ma wishlist ses fragments autobiographiques au titre magnifique : Vivre dans le feu .

(et la chanson de Dominique A )

Categorie : livres
Par mes vies
Le 3 novembre 2012
A 17:59
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courir

Le rose, c’est ma couleur. (non je ne ressemble pas à une grosse guimauve, c’est une idée).

5 km, c’est ma distance. (un pas de plus et je meurs.)

Et quoi de mieux, pour occuper son dimanche après-midi quand on a dansé au fest-noz jusqu’à une plombe du matin le samedi soir ? (à part, peut-être, un bouquin, un fauteuil, un plaid et une tasse de thé…)

Bref, ne me demandez pas pourquoi, je n’ai aucune bonne explication à cela. Mon histoire avec la course a très mal commencé, quand en 6ème j’ai fait un seul tour au lieu de deux au cross du collège (bien sûr ce n’est pas moi qui avait eu l’idée, mais j’ai vite compris ce que mes copines faisaient là, cachées derrière un bosquet…).
Tout aurait pu en rester là, mais ma conscience (ou mon surmoi hypertrophié), plus la pression des copines qui ELLES avaient couru le cross en entier et s’étonnaient *un peu* que moi, l’asthmatique qui marchait pendant les séances d’endurances dans la cours du collège, je puisse me retrouver devant elles au classement, m’ont convaincue d’aller me dénoncer à la prof d’EPS. Qui m’a infligé les 4 seules heures de colle de mon existence.

(l’année d’après, tu penses bien que j’avais une dispense en “bon uniforme” -comme dit mon principal-).

Voilà, plus de 20 ans après le traumatisme, je m’aperçois que finalement, courir, c’est facile. (enfin presque). Il suffit de jeter un pied devant l’autre, et de recommencer. Et SURTOUT de ne pas penser.

Categorie : moi
Par mes vies
Le 21 octobre 2012
A 17:30
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