mes vies

blog multidirectionnel : mes vies de mère, de prof, de musicienne, de lectrice, de promeneuse, de dilettante en tout et spécialiste en rien… Et même mes vies de cuisinière, couturière et tricoteuse !

 

Chamboule tout

Lorsque tu reçois le premier formulaire d’inscription, pour la kermesse de l’école, tu coches la case “apportera un gâteau”, et basta. Le montage des stands à l’aube, l’animation pendant des plombes, et le démontage nocturne, tout ça c’est pas ton truc. Toi tu détestes les fêtes d’écoles depuis toujours (même quand tu étais toi-même écolière tu détestais déjà ça), trop de monde, trop de bruit, mauvaise musique hurlant dans les enceintes, odeurs de friture, etc.

Vient ensuite le deuxième message. Celui qui te fait culpabiliser. “Devant le trop faible nombre de parents qui ont souhaité s’engager pour animer la fête de l’école, l’amicale laïque ne sera pas en mesure de proposer aux enfants toutes les activités dont ils ont l’habitude, C’EST TA FAUTE, LES ENFANTS VONT ÊTRE TRISTES À CAUSE DE TOI, REMPLIS LE TABLEAU METS TON NOM DANS UNE CASE”.

Donc tu culpabilise et tu inscris ton nom dans une case. Au départ tu choisis “montage”. Parce que c’est le matin, à la fraîche. Parce que ça peut être sympa et même convivial. Parce que ça se fait en petit comité, et entre adultes.

Puis quelques jours plus tard tu reçois ta convocation pour surveiller le brevet. Ha, crotte de zut, tu l’avais oublié celui-là. Le vendredi matin en question.

La mort dans l’âme, il te faut accepter de tenir un stand.

Donc, tu as le choix entre : maquillage (demande une expertise artistique et technique que tu ne possèdes pas), course en sac, château gonflable (les enfants vont se bousculer et il va falloir faire la police, très peu pour toi), pêche à la ligne (idem, c’est un stand qui a trop de succès, ça va se finir avec un petit qui plantera son hameçon dans l’œil d’un autre… Ou au mieux, avec huit lignes emmêlées de façon inextricable), tirs au but (du foot… même pas en rêve), ou chamboule-tout.

Bien sûr tu choisis chamboule-tout.

D’abord, personne ne va venir jouer au chamboule-tout. C’est naze. Balancer une balle pour faire tomber des boîtes de conserves, ça amuse les gosses, ça ??

Ensuite, quand bien même un ou deux gamins tenteraient l’aventure, c’est pas bien compliqué. Tu leur files la balle, ils tirent, done.

Donc bon, va pour chamboule-tout. Tu t’inscris de 16 à 17 heures. Une heure, c’est le maximum dont tu puisses faire don, en cette période, et dans ces circonstances.

Le jour arrive, il fait beau, chaud, et même très chaud, beaucoup trop chaud.

Tu rejoins ton stand à 16 heures, pile-poil. Tiens, t’es toute seule. Dans le tableau, il y avait un autre nom. Mais bon. Un premier enfant veut jouer. Un enfant à toi. Tu lui files les 6 balles dont le stand est équipé. L’enfant vise, lance, rit, les boites de lait en poudre s’effondrent dans un grand fracas. L’enfant est ravi. Son copain s’approche, il veut jouer aussi. Tu ramasses les 28 boîtes. Tu les empiles. Tu tends les balles à l’autre enfant. Vise, tire, rit, boum, ramasse, empiles. Balles. Et encore, et encore. La table a été placée dans l’angle de la tente. Il te faut donc ramper dessous pour ramasser les boîtes. Il fait chaud. Les enfants n’attendent même plus que tu aies fini de replacer toutes les boîtes pour lancer les balles. Ramasse, par terre. Sous la table. Encore. Il fait chaud, très chaud. Une autre maman s’approche, c’est elle qui doit partager le stand avec toi, sans doute. “Bon, désolée, mais X. a une réunion de dernière minute au travail, tu es toute seule jusqu’à 5 heures, ça ira ?”.
Tu es en sueur, tu as mal au dos à force de plonger sous la table pour ramasser les boîtes et les balles. Les enfants font la queue devant ton chamboule-tout parce que “c’est gratuit”. À cinq heures dix, un papa arrivera sur le stand. Tu pourrais partir. Tu devrais. Mais tu as des scrupules à le laisser seul lui aussi, avec les boîtes qui tombent et qu’il faut ramasser encore et encore.
La réunion de l’autre maman s’éternise, et elle s’était inscrite jusqu’à 6 heures…

Le chamboule-tout, plus jamais.

Categorie : scène de la vie de famille
Par mes vies
Le 26 juin 2015
A 20:57
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Eugène Onéguine

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Ce soir c’était “tous à l’opéra” : une italienne toute russe, puisqu’on a pu voir une répé (l’italienne, donc : plateau + orchestre, mais sans mise en scène ni costumes, ni décors) d’ Eugène Onéguine, un chef d’œuvre absolu pour qui a l’âme slave et romantique. (c’est tout moi, donc). (car comme chacun sait, tout ce qui est russe me met en transe)
Le plateau est absolument *parfait*. Tatiana, d’abord : blonde, carnation de poupée de porcelaine, yeux en amandes, la parfaite petite bourgeoise moscovite pré-bolchévique. Une très jolie voix. (et pour que je dise ça d’une soprane…).
Et Onéguine.
Ha, Onéguine… Grand, ténébreux, tout de noir vêtu, cheveux en bataille et pommette haute de kazakh (en fait il s’appelle James quelque chose donc il est kazakh comme moi mais bon il faisait bien illusion le bougre), et une voix de baryton chaude et profonde comme je les aime… Si bien que Tatiana et moi, ça faisait pas dix minutes qu’il était entré sur scène qu’on mouillait notre culotte. Bon, moi j’ai gardé ma dignité, mais Tatiana est allée direct chouiner dans les jupons de sa niania (qui portait un falzar bariolé, rapport que c’est une répet sans costumes, tout ça, mais bon, t’imagines les jupons). Niania qui n’est pas hyper jouasse, vu qu’Onéguine est un beau connard, tout le monde le sait.
Mais Tatianouchka s’en fout, elle se lance dans sa grande tirade du I, la “scène de la lettre”, qui te fout des frissons aux avant-bras pendant quinze minutes… Enfin, à moi, parce qu’Onéguine lui fait le coup du “c’est pas toi c’est moi, j’ai peur de m’engager, le mariage c’est pas pour moi, le modèle du couple petit-bourgeois vraiment je peux pas”, bref le râteau du siècle.
Tatiana et moi on regardait nos chaussures et on respirait par le ventre pour pas pleurer devant ce salaud, et puis boom, voilà, rideau, fin de la répétition publique, et du premier acte.

Alors voilà, un petit conseil, si t’as l’occasion d’aller voir Eugène Onéguine, fonce.
(moi c’est jeudi 28 mai) (mais je te cache pas que ça se finit pas hyper hyper bien) (si tu veux tu peux lire la pièce de Pouchkine, et ensuite “Mon Pouchkine” de Marina Tsétaïeva où elle s’identifie à Tatiana et livre une analyse autrement plus pertinente que le mienne des rapports entre les deux personnages…)

Categorie : musique
Par mes vies
Le 9 mai 2015
A 21:38
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fictions

Je n’écoute jamais la radio entre 20h et 21h, sauf le dimanche soir, où c’est l’heure du Masque & la plume.
Mais là, ce soir, des circonstances inhabituelles, des horaires inhabituels, je tourne le bouton du poste, et j’entends une voix de femme.
Je ne sais pas qui elle est, je ne sais même pas de quelle émission il s’agit. Je n’ai pas entendu le début, je n’entendrai pas la fin.
Ça parle de livres.
Alors j’écoute, distraitement au début. Et puis quelques mots, et ces mots-là me racontent moi, ils racontent mon rapport aux livres, alors j’écoute passionnément, j’écoute de toutes mes oreilles, les enfants sont dehors et ça aussi c’est exceptionnel, je suis seule avec cette voix.
Cette voix qui dit, en substance :

“les livres de développement personnel, ils ont un discours objectif. Ils vous disent qui vous êtes, vous disent ce que vous devez faire. Tout le monde en fait la même lecture.

Ça ne m’intéresse pas.
Un roman, en revanche, chacun en fait une lecture différente. Et chacun y trouve ce qu’il y cherche, ce dont il a besoin.”

Ces mots qu’elle met sur le roman, la fiction, c’est ceux que je porte depuis toujours, sans les avoir jamais verbalisés.

Un roman me parle toujours de moi. Certains romans semblent n’avoir été écrits que pour moi. J’ai parfois l’impression que j’aurais pu en écrire chaque ligne, chaque mot; mais je ne suis pas naïve au point de me croire seule dans ce cas…
Et c’est ça au fond : un écrivain me parle de quelque chose, mais moi j’y lis autre chose, j’y lis ce que j’ai vécu, senti, observé…

Categorie : livres
Par mes vies
Le 17 avril 2015
A 19:55
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politique

Ce soir, comme dimanche dernier, comme tous les dimanches soirs électoraux de ma vie, ou quasiment, j’étais au dépouillement.
Que je dépouille moi-même (comme ce soir), ou que j’assiste seulement à la manœuvre, c’est un moment que j’aime.
Pourtant je ne crois pas, ne crois plus du tout, qu’il puisse sortir de ces enveloppes une solution, une réponse, un changement.
Mais j’aime voir les gens qui dépouillent.
Ces gens qui ont consacré une des vingt-trois heures de leur dimanche à ouvrir des enveloppes et à faire des petits bâtons sur les points.
À compter, puis à recompter.
Des gens qui sont sérieux, concentrés, appliqués.
Des gens qui n’ont pas de responsabilités, pas de diplômes, pas de discours tout fait.
Des gens de bonne volonté.
Et je les regarde et je me dis voilà, les hommes et les femmes politiques, les vrai-e-s, c’est eux. Ils ne sont là ni pour la gloire ni pour le pouvoir, ils sont là par devoir, par conscience, parce que quelqu’un doit le faire ce travail, et quand on leur a demandé s’ils étaient disponibles, ils ont dit oui. Oui pour venir à 18 heures, oui pour compter des enveloppes, oui pour s’appliquer et écrire dans les cases, oui pour la tâche monotone, oui pour le verre de jus de pomme et la boîte de biscuits partagés à la fin.
Ils sont venus là, ils n’ont pas que ça à faire sans doute, et ils ne croient pas tellement à la “politique”, non plus. Mais ils croient à la démocratie. Aux vrais gens qui travaillent ensemble, aux gens de bonne volonté.
À vingt heures ils sont rentrés chez eux pour regarder à la télé la carte de France colorée. Ils savent que c’est un peu grâce à eux.
Mais maintenant plus personne ne leur demandera plus rien jusqu’aux prochaines élections. Maintenant les “hommes politiques”, les “partis politiques” vont faire semblant de les connaître et de parler en leur nom, cachant mal le fait qu’ils ne veulent qu’une seule chose : le pouvoir.
Alors les dimanches soirs électoraux je me prends à penser, à imaginer à quoi ressemblerait le monde si on laissait ces gens là, tous ces gens, les gens de bonne volonté qui ne cherchent ni la gloire ni la reconnaissance ni le pouvoir, si on les laissait tous ensemble gouverner.
Si on vivait dans une démocratie, quoi.

Categorie : moi
Par mes vies
Le 29 mars 2015
A 19:37
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J’ai des excuses.

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Alors oui, je sais, je disais pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps sur Facebook que je n’achète pas de livres neufs. Sauf quand j’en achète, bien sûr.

Mais bon, monsieur le juge j’ai des excuses. Déjà, je tiens une chronique littéraire sur Facebook, lues par des centaines une dizaine trois personnes. Alors je suis bien obligée d’acheter des livres, pour en causer sur l’internet mondial qui retient son souffle en attendant de savoir ce que je pense du dernier Bégaudeau. (vu que j’ai cité la moitié du précédent dans mes statuts…)

Bon, puis Vargas. Ok. Au masque (et à la plume, aussi), ils détestent, Vargas. Ils l’assimilent à Anna Gavalda, Katherine Pancol ou Guillaume Musso.
Du moins c’est ce qu’avait dit Olivia de Lamberterie ou Nelly Kaprièlian (mettons que ce soit Kaprièlian, elle n’aime pas Sylvain Tesson, nous n’avons décidément rien en commun), lors du dernier Vargas, avec la Ménie je sais plus quoi, Hennequin peut-être. C’est sûr, c’était pas son meilleur. Le précédent non plus, au Québec, là. Puis celui d’avant, avec celui qui était son frère, ou son ami d’enfance, bon, moyen, aussi.

Vous allez me dire : trois romans à moitié réussi, et je continue de me ruer sur les nouveaux dès qu’ils sortent ?

Oui.
Déjà, parce que Télérama est enthousiaste. (ce qui fait un partout, non à France Inter, oui à Télérama, il faut savoir ce que disent les Inrocks…).
Non et puis surtout, parce que Vargas et moi c’est une longue histoire. Le premier que j’ai lu, c’était il y a longtemps, “Pars vite et reviens tard”, dans mon petit appartement toulousain tout jaune, ça commence à faire. Puis, l’été 2003. Mon dernier été de tranquillité. GérardKlein en tournée je sais pas où, mon premier enfant encore à l’état embryonnaire, et mes parents en Amérique latine. C’est vous dire si j’étais peinarde. Juste la canicule, mes plats Picard mangés à même la barquette, et l’intégrale de Fred Vargas. Alors oui, aujourd’hui, je bénéficierais de deux mois d’absolue tranquillité, je lirais sans doute autre chose. Mais à l’époque j’étais frappée du SNU (le Syndrôme du Neurone Unique, qui s’abat sur la femme quelque part entre la conception et la quatrième semaine de grossesse, qui réduit de 40 points son QI initial, et qui dure longtemps… Parfois si longtemps que la femme enchaîne avec une nouvelle grossesse, abandonnant alors à nouveau 40 points. C’est comme ça qu’en quelques semaines, une personne qui avait l’habitude de fréquenter la cinémathèque et de lire des essais plutôt pointus sur la politique de soutien à la création musicale sous Maurice Fleuret se retrouve à pleurer devant des pubs Nutella et à ne plus comprendre les résumés de téléfilms dans Télérama.)
Donc mon SNU et moi, en 2003, on a enfilé tout Vargas. Et on est tombés amoureux d’Adamsberg. C’est pour ça que 12 ans plus tard, même s’il nous déçoit et nous fatigue depuis quelques années, on lui laisse toujours le bénéfice du doute. En souvenir des débuts où c’était tout feu tout flamme.
Je sais même pas si il y a Adamsberg dans le dernier opus (j’ai pas voulu lire le 4ème de couv’, encore moins la critique de Télérama (même si ça fait quand même quelques années que je les comprends à nouveau), je veux préserver entier le plaisir de la découverte), mais voilà.
(et le Bégaudeau, me direz-vous ? Well, passion plus récente, mais l’identification fonctionne à fond, entre ce nantais éduqué au collège Jules Verne dans les années 80-90, fils de fonctionnaires de gauche, et moi…) (c’est un peu le Vincent Delerm de la littérature, quoi, ses parents, tes parents, mes parents, on se comprend.)
Ha, et last but not least, dernière excuse : je soutiens l’économie locale, les petites librairies indépendantes, et patati et patata… think global act local etc…

Categorie : livres
Par mes vies
Le 11 mars 2015
A 19:18
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le renard

Fox hat (sly Fox hat, goodknits.com ) #crochet #hat
Mes lecteurs se divisent, je pense, en deux catégories. Ceux qui, ayant vu la photo, se diront “du tricot”, et les autres. (ceux -celles, sans doute- qui verront que c’est du crochet). Ça faisait bien longtemps que je ne m’étais pas directement adressée à la deuxième. Mais chaque année je me promets de tricoter (ou crocheter, du coup) quelques cadeaux de Noël, et chaque année, prise par le temps, je renonce.
Cette année, c’est ma sœur qui m’a réclamé un bonnet. Lancée, j’ai poursuivi avec deux paires de chaussons, et ce bonnet renard, repéré par Éléa depuis longtemps (le renard est son animal fétiche, ne me demandez pas pourquoi. Son totem, si ça se trouve. (avec elle faut s’attendre à tout). Elle vit renard, pense renard, lit renard… Inutile d’essayer de lui offrir un livre qui ne parle pas d’animaux (elle le balance d’un dédaigneux “peuh ! y’a que des humains, là-dedans”), mais si parmi les animaux se trouve son carnivore favori, alors là c’est l’extase. Bon, on a fait le stock ce matin à la bourse aux livres, trois bouquins avec des renards, un sur les chats et un dernier sur les furets (”offert par Friskies”, me demandez pas, de plus la dame l’a donné à Eléa en “prime”, on va pas faire la fine bouche).
Pour les spec. tec., c’est plutôt sur Ravelry, mais bon, un minimum : la laine c’est une pelote de “Lorena”, achetée sur un vide-grenier, avant la naissance d’Éléa  (mais elle ne pouvait être que pour elle, cette couleur, et ces “poils”, c’est vraiment un pelage de renard, et rien d’autre !). J’ai crocheté le bonnet en une soirée, puis il m’a fallut 15 jours pour faire puis coudre les oreilles, le nez et les yeux (vous connaissez la chanson…). Un poil plus grand, ça n’aurait pas été du luxe. Mais je ne sais pas crocheter, juste suivre les explications. Au tricot, j’aurais rajouté un rang ou deux par ci, une série d’augmentations par là, mais là avec cette forme (les trois “pointes”) je ne m’y suis pas risquée.

Le modèle vient de goodknits, il est gratuit et très facile à suivre…

Voilà, le dernier post “tricot” date de Mathusalem, il était temps de renouveler un peu le genre…

Categorie : Tricot
Par mes vies
Le 30 novembre 2014
A 17:05
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Parler comme un turlupin

Je parle à mon iPad. Oui je sais, ça peut paraître stupide, mais entre Siri et “ok, google “, il répond à mes questions. Et hier soir, donc, j’avais besoin d’un renseignement. J’interroge donc Siri sur David Sedaris. Siri me répond de sa chaude voix masculine : “désolé Viviana, il n’y a ni David ni Harris dans vos contacts”. Je ne me décourage pas et je repose ma question à Google, cette fois. Qui me répond de sa voix froide et féminine en me livrant le “middle name” de Sedaris, son lieu de naissance (un truc genre Birmington, qu’elle prononce à la française, comme si ça rimait avec tonton : t’es sure que tu viens de Californie, google ?). Je félicite alors l’objet et sa voix synthétique, à ma façon, en lui disant “ben tu vois Google, t’es moins con que Siri !”. Ça aurait pu s’arrêter là (et je le raconterasi pas ici) mais Éléa avait suivi la scène. Hilare, elle me demande : “tu lui dis des gros mots, à ton iPad ?”. Je confirme, contrite. Bien sûr, elle veut essayer aussi. J’active Siri et je laisse mon amatrice de langage fleuri dire “tes fesses” à Siri. Réponse de l’intéressé : “je ne m’y attendais pas, à celle-là. Si on faisait plutôt une recherche sur internet ?”
Crise de rire de la gamine, quand à moi bien sûr je ne lance pas de recherche sur internet avec “tes fesses”, ma môme de sept ans à côté de moi… Mais l’enfant-scatologue y a pris goût, et me demande tout bas si elle peut dire “ton cul” à l’unique objet de mon ressentiment. Bien qu’assez tentée, je refuse, vu que ce mot-là n’est théoriquement pas autorisé aux enfants chez moi. C’est une maison honnête, bordel.
Intense réflexion de la petite, qui active toutes ses facultés cognitives à la recherche de ce qu’elle pourrait dire de pire qui soit quand même considéré par moi comme acceptable. Et elle a trouvé : “on va lui dire : “si ça se trouve tes parents sont un tout petit peu chiants !”. (Si ça vous dis rien, allez réécouter le premier album de Vincent Delerm). Pliée de rire, j’ai donc cité du Vincent Delerm à Siri, qui l’a mal pris, l’andouille, et m’a répondu “j’essayais seulement de vous aider !”.
Google, par contre, sur le même sujet, m’a bien proposé plusieurs vidéos de la chanson en question. La soirée s’est donc achevée en chanson, et sur la conclusion que oui, Siri est plus sexy mais plus con que Google. Une leçon de vie.

Categorie : Non classé
Par mes vies
Le 9 octobre 2014
A 7:23
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petits bonheurs

c’est tout un tas de choses qui déclenchent l’écriture de ce billet… ça monte, depuis quelques temps. Cette obligation du “bonheur”, des listes à faire sur Facebook (on te “désigne” et tu “dois” lister des “petits bonheurs”… rien que l’idée déjà, ça tue en moi toute forme de bonheur !), à une boîte d’infusions appelée “infusion des petits bonheurs”…. Hé, c’est du thé, on se calme ! En allant par là, un carré de chocolat c’est de l’amour ! et en apothéose, vendredi lors d’une formation sur la gestion de classe, on nous demande de lister nos difficultés en classe (c’est pas ce qui manque) et nos “petits bonheurs”.
C’est officiel, l’expression “petit bonheur” est l’expression la plus galvaudée du monde. (n’ayons pas peur d’être définitive).

Je crois qu’en ce qui me concerne, essayer de mesure, d’attraper un moment de bonheur, c’est obligatoirement le mettre à mort. L’épingler comme un papillon dans une vitrine. Je demande donc officiellement qu’on cesse de parler du bonheur, d’en lister les ingrédients, de donner les “sept secrets des gens heureux”, qu’on arrête de penser que ce qui est un moment de bonheur pour l’un doit forcément pouvoir être un moment de bonheur pour les autres… Le bonheur n’a pas de recette, il n’est pas reproductible ni transposable.
Voilà, c’était GrincheuxVousParle, mais ce matin entendre quelques répliques de Jean-Pierre Bacri dans la chronique de Rebecca Manzoni m’a déculpabilisée. Et puis j’en ai ras-le-bol de la mode des petits bonheurs, j’essaie de lancer celle des emmerdeurs gâcheurs de plaisir. Allez, rompez.

Categorie : moi
Par mes vies
Le 30 septembre 2014
A 10:43
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rentrée littéraire

Autant je n’ai jamais lu, ne lirai jamais Joyce Maynard, parce que je ne veux pas lire le moindre mots “contre” Salinger (fut-il absolument et indubitablement vrai… je préfère mes illusions et mon ignorance. Et je préfère tous les livres de Salinger, peu importe que leur auteur se soit bien ou mal comporté avec ses compagnes. Tiens, j’ai pas plus envie de lire le Joyce Maynard que le Trierweiler), autant Oona et Salinger de Beigbedder me tente bien : j’ai une indulgence un peu coupable pour Beigbedder, je lui pardonne tout, à cause de son amour dure trois ans.

(et sinon j’ai lu le Carrère (Le Royaume) mais je n’arrive pas à en dire quoi que ce soit. Enfin si, que j’ai adoré. Mais ce que j’ai aimé dans ce livre est si subjectif que je n’écrirai pas de billet, je crois.) (ou plutôt : ce qui moi m’émerveille et m’attire et me touche, j’ai trop peur que d’autres n’y voient que bondieuseries et auto-indulgence.)

Categorie : livres
Par mes vies
Le 5 septembre 2014
A 9:45
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Portuaire

Après avoir pendant toute une année (scolaire : mes années sont toujours scolaires) frôlé au plus près la raffinerie de pétrole, empruntant matin et soir la ligne de train qui passe au milieu de cette grosse installation industrielle à l’odeur prégnante, signature olfactive perceptible plusieurs kilomètres à la ronde, cette année c’est le bus qui m’emmènera au travail, et la ligne passe le long du port et des chantiers.
C’est tout le patrimoine industriel de saint nazaire, son cœur historique (la ville n’a commencé à se développer qu’au XIXeme siècle, autour des paquebots transatlantiques) et symbolique. Tout une zone regroupant des habitations ouvrières (que les ouvriers ne doivent plus guère habiter aujourd’hui), zone dans laquelle le petit chemin de fer au beau milieu de la route nous rappelle que nous sommes sur le territoire des chantiers, que notre passage n’est que toléré, mais qu’ici ce sont les énormes grues, le portique monumental, qui règnent en maître.
On croise essentiellement des ouvriers en bleu de travail, casque à la main ou sur la tête, gilet réfléchissant sur le dos, images qui semblent sorties d’un Germinal moderne…
J’aime ça. Il y a dans ces lieux, ces bâtiments, ces engins qui n’ont été construits que dans un seul but, celui de l’efficacité, du pratique, de rentable, une beauté presque “malgré eux”.
Je me souviens dans mon adolescence, d’une jeune femme qui me reconduisait chez moi. Passant dans ces rues aux maisons des années 50, sans charme, au crépis marron, au petits jardinets à bordures de ciment, au milieu desquels j’ai grandi, elle s’extasiait : “oh, mais c’est beau, par ici !” Et devant mes protestations (à l’époque, je concevais qu’on puisse trouver “beau” une façade haussmanienne, pas une maison cubique et vieillotte), elle avait précise : “oui, c’est peut-être moche mais ça a du cachet. Le cachet du moche, peut-être”. Vingt ans plus tard c’est une expression à laquelle je repense souvent, “le cachet du moche”. Je ne sais pas si elle s’applique aux chantiers ni aux maisons ouvrières qui les bordent; mais c’est cette expression qui m’est venue par analogie, en passant dans ces petites rues dans lesquels ne marchent que des ouvriers en tenue de sécurité, dans lesquels les agences d’intérim alternent avec les cafés aux devantures défraîchies, certains en l’état depuis les années 60 et dont on imagine bien qu’ils pourraient servir de décor à un roman de Simenon.
La “vraie” vie pour des milliers de gens, un objet exotique que je scrute avec nostalgie pour moi… Univers parallèles.

Categorie : promenons-nous
Par mes vies
Le 2 septembre 2014
A 20:29
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